Articles

Presse, vidéos
Mise à jour le 24 avril 2017  

Agenda

 

La lettre du député
Rentrée 2016   

Vidéos

 

 

Liens


Assemblée Nationale
Ville de Forcalquier
Pays de Haute-Provence
Communauté de communes Pays de Forcalquier - montagne de Lure
Blog de Gilbert Sauvan
Facebook de Jean-Yves Roux

Bouchareb, hors de France !

Bouchareb, hors de France !

Le début de l'offensive pour la France d'un président raciste !

Souvenez vous de ce slogan, crié il y a peu, vendredi 21 mai, lors de la manifestation organisée par l'UMP, à Cannes, contre le film Hors la loi, réalisé par le Français Rachid Bouchareb.

A la lecture de l'offensive raciste de cet été, porté comme une triste croix de guerre lors du discours de Nicolas Sarkozy à Grenoble, cette initiative de nos élus régionaux n'était pas une improvisation tenant du mouvement d'humeur, l'opération avait été longuement mûrie, avec des démarches officielles commencées il y a un an auprès du sous ministre de la défense, notre collègue Hubert Falco, relayé ensuite par l'offensive du député UMP des Alpes-Maritimes, Lionel Luca.

Quel est donc ce pays si faible qu'il ne peut même plus assumer sa propre histoire ? Il suffit de lire les travaux des historiens français, d'écouter les témoignages recueillis il y a quinze ans par Mehdi Lallaoui ou de visionner le documentaire L'autre 8 mai 1945 pour connaître, avec ses nuances et ses contradictions, la vérité historique, car il y en a bien une, sur les événements de Sétif.

Cette défense par l'actuel pouvoir présidentiel d'une histoire d'Etat, mensongère et guerrière que l'on entend imposer à notre passé colonial, au lieu de le regarder tel qu'il fut, ombres et lumières mêlées, n'est pas un épisode anecdotique, porté par quelques nostalgiques. Elle est au ressort de la vision du passé et du monde qui, de longue date, anime cette présidence et dont les mots clés sont colonisation (positive), immigration (envahissante), islam (dangereux) et assimilation (obligatoire). C'est un passé mythifié et déformé qui est ici convoqué, mais dans l'espoir qu'il soit plein d'à présent, produisant un imaginaire actif.

En ce sens, l'opération contre Hors la loi est une illustration concrète de ce que signifiait le supposé débat sur l'identité nationale, lancé fin 2009 et, pour l'instant, en sommeil. Son imaginaire est de guerre et d'exclusion : d'une guerre perdue qu'il faudrait donc, un jour ou l'autre, effacer par une revanche ; d'une exclusion réclamée, pour faire de nouveau le tri entre bons et mauvais Français, Français véritables et Français d'occasion.
Si l'on en doutait, la manifestation organisée à Cannes, vendredi 21 mai au matin, en même temps que Hors la loi était projeté à la presse du Festival, en fit la démonstration en protant haut et fort la revendication « Bouchareb, hors de France ! ».

Serait-il de nationalité algérienne que cela ne changerait rien à la portée symbolique de ce mot d'ordre haineux, mais l'on précisera tout de même que Rachid Bouchareb, né le 1er septembre 1953 à Paris, est un citoyen français et qu'en 2007, il fut fait chevalier de la Légion d'honneur

Mais plus grave encore, cette manifestation marque une tranquille fusion idéologique de la droite et de l'extrême droite, de l'UMP et du Front national. L'UMP Lionnel Luca et la FN Lydia Schénardi y font paisiblement  slogan commun.
Quand on connait nos élus UMP régionaux, personne ne sera surpris, Jean Claude Gaudin , dirigea la région avec le FN, Daniel Spagnou plaida si fort l’accord en 1998 pour « garder » la région, qu’il fallut toute l’autorité de François Leotard pour imposer un pacte républicain… faut il rappeler l’accueil de Bruno Megret très officiellement reçu en mairie de Sisteron.

Mais nous constatons bien aujourd’hui que le sarkozysme est en quelque sorte le précipité chimique de cette transgression politique. Il suffit de tendre l'oreille chaque fois que le pouvoir actuel discourt sur la nation, son identité supposée, sa gloire revendiquée, son passé héroïque, etc., pour comprendre qu'avec Nicolas Sarkozy, Maurice Barrès a pris sa revanche : « Pour permettre à la conscience d'un pays tel que la France de se dégager, il faut raciner les individus dans la terre et dans les morts » (La terre et les morts, Paris, La Patrie française, 1899.

Reste ce slogan « Bouchareb, hors de France ! », dont tous ceux qui veulent croire que le pire n'est jamais certain se diront, pour se rassurer, qu'il émaillait un défilé bon enfant d'un petit millier de personnes pas vraiment représentatives des générations futures. Or c'est bien, tout au contraire, cette indifférence ou cette relativisation qui nous alarme. Comment est-il possible, pensable, acceptable que ces mots de haine aient été lancés dans une manifestation organisée par le parti présidentiel sans qu'ils aient suscité de commentaires indignés ou de réactions outragées ?

Quelle est donc cette défaite qui s'installe, celle-là même qui accompagne le peu d'émoi médiatique autour des profanations de symboles de l'islam de France (rien qu'en 2010, déjà : mosquée à Crépy-en-Valois, cimetières musulmans à Vienne et à Tarascon)? D'où vient ce profond renoncement qui va de pair avec notre silence insensible face à ce que ressentent toutes celles et tous ceux qui, comme nous, vivent, travaillent et étudient en France, mais qui, désormais, s'y sentent mal, de plus en plus mal, mal reçus, mal accueillis, malmenés, maltraités, parce que leur histoire familiale prend source au Maghreb, parce qu'ils sont de culture musulmane, parce qu'ils pratiquent leur foi en l'islam, parce qu'ils vont à la mosquée ou font leurs prières ?

Et qu'avons-nous dès lors à dire à tous ces jeunes Français musulmans qui assument et vivent leur foi dans la République et qui se sentent et se vivent de plus en plus stigmatisés, humiliés, discriminés? Oui, comment nous faire entendre d'eux si nous ne disons rien, si nous ne crions pas, si nous ne nous sentons pas concernés, visés, touchés quand ne serait-ce qu'un seul d'entre eux s'entend dire : « Hors de France ! »?

Leurs mots sont simples et déchirants, ils s’interrogent et nous interpellent simplement on nous disant « On entend :

"La France, tu l'aimes ou tu la quittes". Mais, nous, la France, on l'aime. Et c'est elle qui nous quitte... »


Partager

Vos commentaires


Merci pour vos questions et commentaires

Nom ou pseudo
Email
Inscription mailing list
Votre question ou commentaire
 
 

02/09/2010 14:22

Dubinsky Monique
Que dire quand on est pleinement d'accord avec tout ce qui est dit dans l'article ? Qu'on s'interroge sur les moyens de s'opposer à ces accès de racisme exacerbé par un gouvernement en quête de réélection ?
Tout le monde semble tellement occupé. Tout le monde semble avoir tellement peur de perdre le peu qu'il possède.
Le ressort sur lequel s'appuie la droite dure, la droite molle aussi, c'est la peur. C'est la couardise des lâches. C'est elle qui va comme en d'autres temps de notre histoire conduire au pire.
C'est le spectre de la crise financière qui sert les intérêts des plus nantis sous forme idéologique et sous forme d'un toujours plus grand enrichissement. Jamais vraiment comprise, explicable, elle est partout, de façon insidieuse, universelle, omniprésente, en négatif, en creux.
Elle crée d'autant plus d'angoisse qu'elle est plus volatile, diffuse, anonyme.
Le capitalisme industriel des siècles précédents avait des noms, des visages, des bâtiments, des machines. Les personnages se cachent derrière des holdings et les représentations matérielles des sources de pouvoir financier sont localisées dans des pays où la pauvreté n'autorise ni la liberté ni l'éducation de ceux qui travaillent.
C'est la peur, toujours elle, qui désigne des coupables. Et tant mieux si ces coupables, ces boucs émissaires hantent la mauvaise conscience collective. C'est l'occasion de s'en laver les mains, de tordre le cou à la culpabilité qui pourrait s'attacher à des crimes impunis d'un temps, pas si éloigné que cela.
La stratégie est claire. Efficace et odieuse.

01/09/2010 22:53

Philippe
Estrosi, Luca, Falco, Mariani, notre région a le triste privilège de réunir les pires tenants d'une droite dure dont les propos nauséabonds transpirent le racisme et la haine de l'autre. Mais quand l' exemple vient d'en haut pourquoi se gêner. A nous d'aller dans les quartiers dire que nous avons une autre vision de la France.

01/09/2010 19:50

Sara
Il est vrai que ceux d'entre nous qui ont "leurs racines au Maghreb", qui se sont exilés en France, leur patrie adoptive, qu'ils ont choisie absolument pas par défaut mais, par amour pour ses valeurs, par amour pour sa culture, par amour pour sa langue, par amour pour ses écrivains, ses chanteurs et ses poètes, par amour pour son histoire, toute son histoire, par amour pour son peuple, malgré l'Histoire...Ceux-là se sentent mal, très mal depuis la proclamation des résultats d'une certaine élection présidentielle, un certain mois de mai 2007;
Le sarkozysme, ils le ressentent dans leur chair, dans l'air qu'ils respirent, dans l'ambiance étouffante de suspicion, d'accusation, de généralisation malhonnête distillée quotidiennement, méthodiquement par la logorrhée paranoiaque de ce pouvoir et de ses sbires.
Mais ce peuple a encore des ressources et il y a encore des voix qui s'élèvent en son sein pour dire stop à la politique de la xénophobie et cela donne beaucoup de baume au coeur de ceux qui la subissent.

Haut de page | Mentions légales | Plan du site