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burqa, niqab, voile intégral, prisons de tissu...

burqa, niqab, voile intégral, prisons de tissu...

C'était au magasin de sport. L'autre samedi. Je vous ai vue. Ou plutôt pas vue.
Certains vous comparent à des fantômes, mais les fantômes sont blancs. Vous, vous ressembliez plutôt à une ombre. Noire comme un cauchemar.
Vous ne portiez pas la « burqa », mais le « niqab », voile intégral, prison de tissu jeté sur votre corps. Des gants sur vos mains et un rideau en tulle devant vos yeux achevaient de vous rendre invisible aux miens.

Je vous ai regardé faire les soldes, saisir ces chaussures rouges avec de beaux crampons pour que votre mari puisse courir, shooter, plonger, tacler… Il doit être tellement séduisant quand il rit avec ses camarades sur le terrain. Il doit avoir l’air si heureux quand il joue. Fier et libre. Et vous ?…

Vous, vous êtes aux oubliettes… Voltaire raconta que le frère d’un roi subit le même châtiment que vous, enfermé toute sa vie dans un masque de fer…
Ce voile est si éloigné de notre idée de la liberté, que nous nous demandons comment réagir à cette camisole qui outrage notre culture, heurte notre sensibilité et nie nos combats.

Alors sans doute argumenterez-vous que voile intégral est une prescription religieuse. Ce n’est pas vrai. Le coran n’en fait nulle mention. La burqa est tout au plus une culture, une tradition tribale en Afghanistan et au Pakistan. Le voile intégral donne une image de l’Islam qui fait peur. Si ses promoteurs (salafistes) ne s’en inquiètent pas, c’est qu’ils ne craignent pas votre rejet. Votre relégation est une bénédiction. Ils vous expliqueront alors que vous êtes notre victime pour mieux vous cacher qui sont vos vrais geôliers. Ils chercheront à créer un réflexe de solidarité de votre famille, de vos voisins, de vos amis musulmans, afin de les détacher de la société et les radicaliser. Votre voile n’est pas une prescription religieuse, mais il est une arme politique dont se servent les extrémistes islamistes.

Peut-être me répondrez-vous que cette auto-incarcération est justement un choix politique. Celui d’une femme qui réagit à une société qui ne lui a pas donné sa place. Je voudrais vous convaincre que votre « suicide social » n’est pas le meilleur étendard d’une cause qui mériterait les meilleures avocates. En République, les meilleures armes sont celles de la citoyenneté et de la démocratie, pas celle du repli communautaire.
Peut-être nous croyez-vous divisés, doutant de nos propres convictions et donc hésitants sur la réponse à vous donner… Si tel était le cas, vous vous tromperiez lourdement. Nous divergeons sur les moyens à mettre en œuvre, mais en aucun cas sur l’objectif final.

Quelle réponse donner à cette provocation qu’est la burqa ?

La condamnation unanime en est une première. Tous les partis politiques – le fait est suffisamment rare pour être noté – condamnent avec la même fermeté une pratique qui relève de la provocation dans notre pays.
Cette réprobation peut prendre une forme solennelle, celle d’une résolution du Parlement comme l’a suggéré le Chef de l’Etat. Les socialistes n’y sont pas opposés, même si ils redoutent les effets de sens induits par le moment dans lequel intervient cette discussion, connectée à un débat sur l’identité nationale et avancée en période électorale.

 

Faut-il aller au delà d’une adresse solennelle et notamment recourir à la loi ?

Cette question a traversé l’ensemble des auditions de la mission d’information parlementaire sur le port du voile intégral. Ces auditions ont montré, en deçà de toute question d’opportunité, combien une loi d’interdiction générale est difficile à fonder juridiquement.
Il est impossible de se baser sur la laïcité. La laïcité ne s’applique pas aux individus et ne s’impose qu’à l’Etat, ses institutions et ses services. Nous ne sommes plus dans la problématique des voiles à l’école ou dans les services publics. C’est cette fois l’espace public, c’est-à-dire la rue, qui est visé.
Il n’est pas davantage possible de s’appuyer sur la notion de dignité de la femme. Ce concept est opposable au législateur, mais en revanche ce n’est pas à la loi d’énumérer ce qui est digne et ce qui ne l’est pas.

Certains ont pensé à fonder une interdiction sur la protection due aux femmes lorsqu’il leur est fait violence. Mais chaque fois qu’une femme invoquera son libre choix, la loi conduira, a contrario, à légitimer le port du voile intégral.

En droit, nous n’avons guère trouvé d’autre possibilité que le recours à la défense de l’ordre et la sécurité publics pour justifier d’une interdiction générale.
C’est la proposition faite par Guy Carcassonne et reprise par le président du groupe UMP. Elle a un mérite, celui de fournir un moyen de droit qui ne risque pas l’annulation par le Conseil Constitutionnel ou la Cour de justice européenne. Elle a deux défauts. Tout d’abord les fondements juridiques invoqués ne se superposent que très imparfaitement aux raisons réelles que nous avons de légiférer. Ce n’est pas l’ordre public qui motive principalement le législateur sur la burqa. Surtout, une loi sur la burqa aurait pour effet de fixer le seuil de l’inacceptable pour la République et donc – a contrario – indiquerait ce qui est tolérable. C’est le discours de Tarik Ramadan qui condamne le voile intégral pour mieux légitimer… le foulard.
Ce sont ces seules raisons madame qui nous font hésiter. Nous n’excluons rien, mais nous demandons à ce que l’on évite sur ce sujet, comme sur d’autres, toute forme de précipitation. Les lois de circonstance ne résistent jamais au temps et l’extrémisme ne disparaîtra pas avec une loi.
Nous souhaitons donc que soient d’abord mobilisés les moyens du droit positif et de la jurisprudence actuels pour interdire le voile intégral dans les services publics (écoles, transports, services de santé…). Vous aurez alors la possibilité de mesurer la détermination du pays, pas seulement celle de quelques dirigeants, mais de tout notre peuple qui vous respecte et vous réclame la réciproque.

Si rien ne devait changer, la représentation nationale pourrait de nouveau se saisir, en dehors de tout contexte électoral, pour envisager le renforcement de l’arsenal juridique. Nous n’en sommes pas là. Ne nous y conduisez pas.


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27/02/2010 19:45

Sara    
Celles et ceux qui veulent connaitre d'autres points de vue sur la question de ce qui'on appelle communément la Burqa, à tort, allez faire un tour sur le site de l'émission de Danièl MERMET "Là-bas si j'y suis" sur France Inter. Ecoutez l'émission du mardi 8 septembre 2009, sur le site dont l'adresse est www.la-bas.org

 

17/02 11:30

Sara    
Aujourd'hui, on se réveille sur une bien triste nouvelle. Encore une femme assassinée par son propre compagnon, qui la violentait. Il a été condamné pour cela et, interdit de s'approcher de son domicile par la justice. Pourtant, il a pu s'introduire chez elle, la tuer de plusieurs coups de couteau, enlever son petit garçon et partir sans être inquiété.
N' y a-t-il pas là non assistance à personne en danger? N'y a-t-il pas là négligence meurtrière qui a permis ce crime? Où sont les pouvoirs publics qui avaient en charge la protection de cette femme?
Faut-il aller au delà d'une adresse solennelle et mettre enfin en accusation l'Etat, pour non assistance à personne en danger, ayant entrainé la mort d'une personne, mise sous sa protection et, demander des comptes à tous les niveaux de responsabilités? Car enfin une femme continue à être tuée tous les deux jours, par un compagnon violent, le plus souvent, dont l'ETAT ne l'a pas protégé;
Les rares fois où j'ai vu une femme avec un niquab saoudien, (car il n'y a pas de burqua afghane, en France, à ma connaissance), cela m'a révulsée et me révulse toujours et j'aimerais ne jamais en voir.
A chaque fois, ce qui arrive encore trop souvent, que j'apprends qu'une femme a été assassinée faute d'avoir été prise en charge correctement par les pouvoirs publics, je suis véritablement anéantie, révoltée, en colère...Et je souhaite et j'attends que soient moilisés réellement tous les moyens de l'Etat pour qu'en France, jamais plus une femme ne soit assassinée par négligence des pouvoirs publics.

09/02 12:29

pierrot    
la burqa comme tout phénomène religieux est pour moi inexplicable car je ne suis absolument pas croyant. Pourtant j'ai peur qu'en rejetant d'emblée les personnes qui veulent afficher ainsi leur attachement à leur religion , on facilite l'amalgame entre musulman =terroriste (je ne crois pas que toutes les femmes soient des terroristes salafistes)! J'aurais apprécié un peu plus de distance. Même si il faut être rigoureux avec ce qui atteint le principe d'égalité entre homme et femme , je crois qu'il faut laisser le temps au temps , la France a une capacité d'assimilation qui permet de ne pas avoir à légiférer. Soit, il faut lutter contre le terrorisme et contre ce qui maintient les femmes dans une position d'infériorité , mais je ne crois pas que la loi anti burqa soit le meilleur outil. Je pense qu'au contraire les personnes concernées vont se vivre en victimes!! Par ailleurs, celles et ceux qui ont la chance de voyager tant en occident que dans les pays orientaux (de l'algérie à l'indonésie et autres) s'aperçoivent qu'il s'agit d'un phénomène mondial. Pourquoi aux USA, en grande bretagne , en Espagne , ce débat là n'a pas cette intensité??? Posons nous la question de notre tolérance à la différence.

07/02 12:04

patricia    

Complexe, le sujet, il me semble qu'une loi ne ferait que stigmatiser ces femmes. Eduquer et faire admettre que notre culture ne peut accepter la soumission. Ce débat sur la burqa me rappelle celui des foulards qui en fait n'était qu'un moyen de pression pour lla direction d'une mosquée par des religieux étrangers. La démocratie possède cette faiblesse, la liberté face à l' interdiction, où se trouve la limite? En tout cas prendre ce pretexte pour conforter les peurs et la xénophobie ne mènera pas ces femmes vers leur liberté.
librement vôtre.

 

6/02 12:30

Alain DONNADIEU
LA BURQA, ET SI L'ON RETROUVAIT UN PEU DE RAISON ?

Une fois n'est pas coutume, j'avoue humblement m'interroger sur la question de la burqa et ne pas parvenir à la trancher. Mon inclinaison naturelle me porterait à défendre l'idée qu'une loi d'interdiction générale du port de la burqa sur l'espace public est absurde. Pour autant, j'entends aussi quelques arguments, notamment ceux qui relèvent de la dignité de la femme, qui résonnent en moi. Cependant, il me paraît impossible de faire l'économie, ici, de l'état de notre droit positif afin de retrouver un peu de raison et laisser l'UMP et leurs dirigeants à leurs divagations. Concernant l'espace public, le principe est la liberté que nous avons d'apparaître comme nous le souhaitons. Mais ce principe souffrent deux tempéraments, notre apparence ne doit ni porter atteinte aux bonnes moeurs, ni à l'ordre public. Chacun conviendra que le tempérament des bonnes moeurs n'est pas en cause ici. Il paraîtrait, en effet, difficile de soutenir l'idée qu'une femme recouverte de la tête aux pieds y portât atteinte. Reste la question de l'ordre public. C'est la seule question qui est juridiquement pertinente. Pour le dire de manière plus prosaïque, une femme revêtue d'une burqa porte-t-elle atteinte à l'ordre public ? Et bien, je l'avoue, je n'en sais foutre rien. Ma formation de juriste ne conduit à dire, à ce sujet, deux ou trois choses. En premier lieu, depuis le droit romain, la notion d'ordre public n'a pas cessé d'évoluer. L'idée générale qui sous-tend l'ordre public, c'est la supériorité du collectif sur l'individuel. La société serait compromise si les individus, en considération de leurs intérêts particuliers, pouvaient se placer au dessus de l'intérêt social. Encore faut-il que la pratique individuelle, en l'occurence le port de la burqa, constitue bien une menace à cet intérêt social, notion aussi vague que celle d'ordre public.

Il appartient, certes, au législateur de définir dans la loi ce que recoupe à ses yeux la notion d'intérêt social. Mais, encore faut-il que la loi qu'il édicte ne soit ni contraire à notre constitution, ni contraire aux principes généraux du droit, ni contraire aux traités internationaux que nous avons signés, qui eux ont une valeur supra-législative. Je comprends bien la portée de certains arguments comme ceux soulevés par Elisabeth Badinter par exemple. Mais, encore faut-il se demander si ces arguments sont transposables juridiquement sans craindre de les voir soit frappés d'inconstitutionnalité soit jugés contraires aux dispositions de la convention européenne des droits de l'homme qui fait partie intégrante de notre corpus législatif. Par ailleurs, j'ai appris de mes études de droit que nous trouverons la même proportion de juristes qui soutiendra l'idée d'une burqa contraire à l'ordre public ou d'une burqa compatible avec l'ordre public. Reste la question de l'opportunité de la loi. Quelques centaines de personnes revendiquant par leur tenue, ce que je n'hésite pas à appeler une dérive obscurantiste de l'islam, méritent-elles que la République tout entière légifère et entérine une loi qui, quoi qu'on en dise, apparaîtra comme une loi de circonstance. En disant cela, j'ai bien conscience de tourner en rond. Mais pour la sérénité de notre débat public, j'en appelle à la raison. Je laisse aux dirigeants de l'UMP le monopole de la surenchère et de l'outrance. Une dernière chose, j'ai soutenu sans réserve le débat sur les signes religieux et la loi qui en a découlé, car je considérai et je considère toujours que l'atteinte à la laïcité qui fait partie de notre pacte républicain était patente. Je ne suis pas sûr qu'avec la burqa nous soyons sur le même terrain. Toutes les religions ont eu, dans leur histoire, leurs dérives sectaires. Ces dérives ont été balayées par la force de notre pacte social et républicain fondé sur l'éducation. Je me demande si cette voie n'est pas préférable à celle de l'interdiction ?

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