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Tunisie, Algérie, nous sommes tous concernés...

Tunisie, Algérie, nous sommes tous concernés...

« Casse toi, pauvre con ».
Telle aurait pu être l'adresse de notre Président à Ben Ali... mais du 18 décembre, jour où Mohamed Bouazizi s'immole par le feu devant la Préfecture de Sidi Bouzid au départ du dictateur, nous n'avons entendu qu'un silence compatissant. Et sur l'Algérie...rien.

Pourtant nous sommes concernés, nous sommes responsables, sinon nous sommes coupables.

Pire les propos de Michèle Alliot-Marie proposant, le 11 janvier devant l'Assemblée nationale, une coopération française à la Tunisie en matière de maintien de l'ordre et de gestion des manifestations paraissaient comme une complicité grave. Elle avait ainsi suggéré que "le savoir faire, reconnu dans le monde entier de nos forces de sécurité, permette de régler des situations sécuritaires de ce type" (si ce n’était si dramatique cela en serait presque drôle). Mais il est vrai que lors d'une visite à Tunis en avril 2008, Nicolas Sarkozy avait créé l'émoi en affirmant qu'"aujourd'hui, l'espace des libertés progresse" en Tunisie.

"Le président Ben Ali est quelqu'un qui est souvent mal jugé" car "il a fait beaucoup de choses" pour son pays, affirmait encore mardi dernier le ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire (récemment chargé du projet de l’UMP pour 2012 !), alors que les opposants tunisiens faisaient déjà état de dizaines de morts.

Comme l’évoquait ces jours derniers Jean Daniel, les émeutes de la colère qui ont éclaté en Tunisie et en Algérie ne font pas que nous concerner. En réalité, cela se passe chez nous. Le Maghreb est un appendice de l'Europe. Le Maroc s'est arrimé à l'Espagne et, d'une certaine façon, la Tunisie à l'Italie. Quant à l'Algérie, elle était hier encore à tous les titres notre passé, et si elle n'est plus aujourd'hui l'Algérie française, il y a une multitude de petites Frances algériennes dans l'hexagone. Fait nouveau: les Maghrébins ne disent pas « Nous venons en France » mais « Nous allons retrouver notre famille qui se trouve dans telle province française ».

Bien sur les traces qu'ont laissé la guerre d'Algérie ou notre passé colonial sont restées vivaces en France. Mais, ce qu'on ne sait pas, c'est qu'en Algérie, quand les jeunes générations parlent de « la guerre », ce n'est pas de la libération ou de l'indépendance qu'il s'agit mais de la guerre civile qui a ravagé le pays à la fin du siècle dernier. Lorsque cette génération sera au pouvoir  elle sera plus dégagée que la précédente  du passé colonial, donc plus libre pour organiser, pour entreprendre.

 

Maintenant, que se passe-t-il, aujourd'hui en Tunisie et en Algérie qui nous concerne tous, Maghrébins et Français, de chaque côté de la Méditerranée ? L'islamisme ? Cela reste un problème mais ce n'est pas de cela qu'il est question aujourd'hui. Il s'agit d'explosions simplement nées de la vie chère, de l'augmentation soudaine et considérable du prix des produits de première nécessité.

La première image transmise est saisissante. Celle du jeune diplômé tunisien à qui l'on refuse le droit d'exercer un métier de dernier recours, celui de marchand ambulant, que l'humiliation étouffe et qui se fait immoler par le feu. Cela arrive quand l'extrême détresse réclame pour soi un martyr et pour les autres un spectacle dénonciateur.

En Algérie, on s'est révolté devant l'augmentation  brutale du prix du pain et de la farine, de l'huile et du sucre. En Tunisie, c'est autre chose. Ce dont le régime était le plus fier, c'était que personne, en principe, n'y était misérable, que chacun était propriétaire de sa maison, que l'économie était saine et que le pays - où les femmes sont bien plus libres que ne l'est la presse -était stable. Ce qui est arrivé, c'est que cette économie, ce pays, sont tombés sous la coupe d'une caste de nouveaux riches cupides, âpres au gain, accapareurs, exploiteurs. Le sujet de toutes les conversations des Tunisiens, aujourd'hui, tant dans le peuple que dans les élites, avec au coeur l'enrichissement de la famille régnante.

Pour les Algériens, la question la plus ressassée, celle qui est sur toutes les bouches, la voici : que font leurs gouvernants des fabuleux trésors procurés par les hydrocarbures ? Le pays regorge de richesses. Qui les détient ? Elles ont été d'abord thésaurisées, puis ont été utilisées pour construire des chantiers imposants, des bâtiments de prestige. Mais comment peut-il y avoir, dans ce pays si riche, tant de chômeurs, de misérables, de gens qui ne rêvent que de partir ? Que représentent pour les jeunes gens les glorieux faits d'armes de la guerre contre les armées coloniales ? Le simple fait qu'il faille poser la question est bien amer.
La gauche française a trouvé sa source vitale dans l'anticolonialisme. Toute une génération, n'est entrée dans la politique que par l’engagement contre la colonisation, contre ses répressions et ses guerres. Ce fut un grand idéal qui a rassemblé les plus belles énergies et qui a fondé l'identité d'une certaine gauche. Les échecs des régimes post-coloniaux sont donc pour nous des questions fondamentales, que nous partageons avec tous les jeunes Maghrébins.

Alors que la position française paraît être celle de la gêne, de la réserve, de la prudence… la France est attendue en Tunisie et plus largement au Maghreb pour parler fort et la Gauche se doit être plus offensive encore.

Bien sur fêtons cette folle liberté, racine de notre engagement, de Prague, avec Jan Palach à tous les gavroches de notre XIXe siècle. Fêtons cette force populaire, la détermination avec laquelle ces jeunes ont d'abord provoqué les regrets et la peur du despote et les refus qu'ils lui ont opposé, quand ce dernier, pourtant héros de la police, s'est comporté comme un laquais congédié.

Mais aujourd'hui, en ces moments de célébration, tous les gens qui ont appris l'histoire des révolutions savent que si le pire n'est pas toujours sûr, rien ne l'empêche d'arriver, pour le malheur de tous. Il faut que les révolutionnaires d'aujourd'hui pensent à Lech Walesa et Nelson Mandela, et à toutes les révolutions de velours, plutôt qu'aux émeutes sanglantes de la terreur révolutionnaire de 1793 en France et de 1921 en Russie. J’emprunte encore les mots de Jean Daniel pour « éviter les convulsions de la vengeance et la division tragique des héritiers, comme cela s'est passé un peu partout dans le monde arabe ».

Christophe Castaner


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19/01/2011 11:56

christine
et si nous faisions la même chose en France ???

16/01/2011 17h15

Lia Malhouitre

Symbole

La jeunesse tunisienne s’insurge contre un pouvoir corrompu, menteur, profiteur et affameur.

La France de Nicolas Sarkozy propose à l’affameur son « expérience » du maintien de l’ordre. En clair on veut bien envoyer nos CRS contre les jeunes tunisiens.

C’est là un symbole fort, très fort même, de l’idée que se fait le gouvernement de Sarkozy de la démocratie et de la corruption. Il faut aider à démolir la première pour que la seconde puisse s’épanouir.

Tout est dit. Tout est là.

Rien de nouveau, certes, mais la prochaine fois que quelqu’un me demandera quelle différence entre la droite et la gauche, je prendrai cela pour une insulte !

Même si, à bien cyniquement y réfléchir il y avait peut-être là une idée pour améliorer le commerce extérieur de la France. Avec ce qui s’annonce en Algérie, Egypte, Jordanie… les compagnies de CRS pourraient rapporter plus, à terme, que les dizaines de Rafales  que Sarkozy s’escrime à vendre et revendre aux quatre coins du monde.

Le « pays des droits de l’homme » - mais qui le croit encore ? – deviendrait le « pays exportateur d’ordre ».

16/01/2011 17:20

patricia Klemensiewicz
Coupables plus que certain ! Mais gardez en mémoire ce fabuleux discours de Dakar qui mentionnait que "les peuples d'Afrique vivent d'un imaginaire de 4000 ans "et que c'est la raison pour laquelle ils n'ont pas évolué (plutôt pas pu ou pas accepté d'être civilisés à l'occidentale). En plus Mme Alliot Marie qui propose d'envoyer du renfort sécuritaire pour calmer ce peuple dont l'immense courage de se battre pour leur liberté va jusqu'à en chasser son dictateur. Un bel exemple à suivre qui n'a rien d'un imaginaire. C'est ce que l'on nous vend en paroles politiques qui relève de l'imaginaire et qui montre l'état de notre pays.
Que d'autres peuples en fasse autant en évitant l'absurde violence et peut-être se mettra-t-on à penser le monde et les humains sans "co-errence".
Tunisiennement vôtre.
Pat.K

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